Saviez-vous qu’Abd el-Kader, l’émir jihadiste, résistant à la conquête de l’Algérie par la France, avait également été le zélé promoteur et bénéficiaire personnel du canal de Suez ? « Pour contrer l’Occident colonisateur, les musulmans devaient, selon lui, privilégier la science et l’avancée technologique à plusieurs échelons . » Sans parler de Saïd Pacha et d’Ismaïl Pacha, seigneurs du Nil, Abd el-Kader ne fut d’ailleurs pas le seul potentat arabe à soutenir cette méga-percée industrielle, remise à l’ordre du jour par les saint-simoniens en 1832 dans leur Système de la Méditerranée (voies ferrées, ports, docks, canaux, télégraphe, mines, usines, banques, etc.).
Mais plus étonnant, saviez-vous que, des très antiques pharaons d’il y a quarante siècles, jusqu’au gouverneur arabo-musulman du VIIe siècle, tous les conquérants de l’Égypte, Perses, Grecs et Romains, ont entretenu, restauré, amélioré (invention des écluses), les versions successives du canal Europe-Asie ?
Où l’on voit que les Orientaux de l’antiquité et les maîtres des sociétés esclavagistes n’ont pas attendu l’expédition de Bonaparte (1798-1801), ni le « capitalisme occidental » ou l’« Occident capitaliste », pour se livrer à un industrialisme enragé, motorisé par la conquête et l’accumulation de puissance. L’or et l’argent (les capitaux), n’étant que les moyens de cette conquête, et non le but. Qu’ils permettent l’achat d’esclaves, de soldats, de savants et de tous leurs produits et services aptes à accroître la puissance agissante des puissants, plutôt que leur trésor entassé.
Il en fut ainsi jusqu’à ce que le canal soit comblé, afin d’« affamer La Mecque et Médine en révolte et (d’)empêcher une attaque byzantine contre le cœur de l’Empire arabo-musulman. » La mer Rouge restant fermée aux Européens jusqu’au XVIe siècle , tandis que les Barbaresques écumaient la Grande Bleue.
Mais revisitons ces années cinquante où soudain tout déferle, tout s’emballe et se combine des rives nord au sud de la Méditerranée, alors que se concrétise vraiment le Système industriel.
Le chapitre est ici : Des Cévennes aux Aurès : le cancer industriel.
Les chapitres précédents se lisent ici :
Chap. 20 : 1830-1848. Algérie, Égypte, Turquie : le progrès colonise « l’Orient ».
Chap. 19 :1851-1870. L’empire saint-simonien de Napoléon III à lire ici.
Chap.18 : Lyon, 1830-1848 : Des canuts insurgés au « socialisme scientifique »
Chap. 17 : 1831-1834 : les femmes aussi
Chap. 16 Lyon, 1830-1834, chef-lieu de l’industrialisme
Chap. 15 : Saint-Simon, l’ingénieur-prêcheur de l’industrialisme
Chap. 14 : L’industrialisme : une histoire belge
Chap. 13 : L’Ecosse passe à l’orange - Les Lumières écossaises théorisent l’industrialisme néerlandais
Chap. 12 : 1688 : l’Angleterre passe à l’orange
Chap. 11 : Du café du commerce aux « Lumières hollandaises » - et de la tolérance au développement séparé (apartheid)
Chap. 10 : L’éthique catholique et l’esprit du capitalisme.
Chap. 9 : Les huguenots à la conquête du (Nouveau) Monde
Chap. 8 : Jean Calvin et l’esprit de l’industrialisme
Chap. 7 : Premières scissions dans l’église.
Chap. 6 : Quand les bourgeois flamands inventaient la Commune.
Chaps. 4 & 5 : L’entrepôt général de l’univers et la révolution flamande.
Chaps. 1, 2 & 3 : Vues générales, orangisation agricole et lutte contre les eaux.