1859-1869 : l’Occirient, ou la fusion industrielle

lundi 2 novembre 2026

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Inauguration du canal de Suez (Mahmûd Saîd, 1947). 1er plan de g. à d. : l’Égyptien Ismaïl Pacha, l’empereur d’Autriche-Hongrie François-Joseph 1er, l’impératrice Eugénie. Dans la foule : l’émir Abd El Kader, Ferdinand de Lesseps (constructeur du canal), etc.

Abd el Kader vient une dernière fois à Paris en 1867, pour la deuxième exposition universelle, ce « Palais de l’intelligence animé par le souffle de Dieu ». Sans doute y retrouve-t-il, comme deux ans plus tôt, ses amis francs-maçons dont il fait partie. Comme en fait partie Ismaïl Pacha, le vice-roi d’Égypte, également venu présenter aux investisseurs et à Napoléon III la maquette du canal de Suez, que Lesseps a fait construire dans le pavillon de la Société universelle. Comme en font partie bien d’autres modernistes arabes.
L’exposition met à l’honneur les œuvres d’Orient. Le Maroc, la Tunisie et l’Algérie - française - y occupent une grande place dans le pavillon central. L’empire ottoman est avec ses 5000 exposants, la troisième puissance industrielle la mieux représentée après la France et l’Angleterre. Les troupes du sultan Abdulaziz paradent du palais des Tuileries au Palais de l’Industrie pour la cérémonie des trophées. Les saint-simoniens qui n’ont jamais voulu qu’unifier l’Orient et l’Occident au sein d’une même civilisation, mondiale et supérieure, commencent à la voir émerger de leurs propres yeux. Encore deux ans et l’impératrice Eugénie s’en ira inaugurer sur place, à la tête d’une flottille de têtes couronnées et lors de fêtes somptueuses, ce canal qui constitue depuis trente-cinq ans la pièce centrale de leur « Système de la Méditerranée ».

Un siècle plus tard, l’argent du canal nationalisé par Nasser servira à la construction du barrage d’Assouan. Ainsi se poursuivent les ravages du Nil, du delta à la première cataracte, empêché, embourbé, évaporé, empoisonné, épuisé de ses poissons, sédiments et récoltes, envahi de parasites, de touristes et d’enragés du progrès techno-industriel.

Chapitre 22 : 1859-1869 : L’Occirient, ou la fusion industrielle

Les chapitres précédents se lisent ici :

Chap. 21 : Des Cévennes aux Aurès : le cancer industriel.
Chap. 20 : 1830-1848. Algérie, Égypte, Turquie : le progrès colonise « l’Orient ».
Chap. 19 :1851-1870. L’empire saint-simonien de Napoléon III à lire ici.
Chap.18 : Lyon, 1830-1848 : Des canuts insurgés au « socialisme scientifique »
Chap. 17 : 1831-1834 : les femmes aussi
Chap. 16 Lyon, 1830-1834, chef-lieu de l’industrialisme
Chap. 15 : Saint-Simon, l’ingénieur-prêcheur de l’industrialisme
Chap. 14 : L’industrialisme : une histoire belge
Chap. 13 : L’Ecosse passe à l’orange - Les Lumières écossaises théorisent l’industrialisme néerlandais
Chap. 12 : 1688 : l’Angleterre passe à l’orange
Chap. 11 : Du café du commerce aux « Lumières hollandaises » - et de la tolérance au développement séparé (apartheid)
Chap. 10 : L’éthique catholique et l’esprit du capitalisme.
Chap. 9 : Les huguenots à la conquête du (Nouveau) Monde
Chap. 8 : Jean Calvin et l’esprit de l’industrialisme
Chap. 7 : Premières scissions dans l’église.
Chap. 6 : Quand les bourgeois flamands inventaient la Commune.
Chaps. 4 & 5 : L’entrepôt général de l’univers et la révolution flamande.
Chaps. 1, 2 & 3 : Vues générales, orangisation agricole et lutte contre les eaux.